
HARRISSE, Henry
Christophe Colomb, son origine, sa vie, ses voyages, sa famille & ses descendants, II, Paris, Ernest Leroux Éditeur, 28, Rue Bonaparte, 28, M.D.CCC.LXXXIV , pp. 5 a 9 e 527, 528,
«Les Italiens établis comme négociants dans les ports
du Portugal ou de l'Espagne tenaient les princes de
l'Italie et leurs propres parents au courant des nou-
velles qu'apportaient les navigateurs envoyés à la
découverte de pays inconnus (1).
Venise et Gênes n'étaient pas les seules cités italiennes qui
surveillassent d'un œil inquiet des conquêtes maritimes destinées
à anéantir leur commerce avec l'extrême orient. Toutes les villes
de la péninsule adonnées au négoce ou à l'industrie se sentaient
déjà atteintes dans la source de leur richesse, et on comprend
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(1) Les Corte-Real et leurs voyages au Nouveau-Monde, page 53, et suprà,
tome I, pages 79-80, note.
tome I, pages 79-80, note.
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l'intérêt qu'elles attachaient aux communications datées de Lis-
bonne, de Cadix et de Barcelone. Nous en voyons la preuve
dans les relations de voyages adressées sous forme de lettres
particulières à des personnages italiens et immédiatement
imprimées, à la fin du XVe et dans les premières années du
XVIe siècle, à Venise, à Pavie, à Florence, à Milan, à Vicence (1).
La plupart de ces correspondances sont perdues, mais nous
avons la bonne fortune de pouvoir présenter à nos lecteurs
un récit de la découverte du Nouveau-Monde, provenant de
cette source, récit jusqu'ici inédit (2).
Un nommé Hanibal Januarius, qui se trouvait à Barcelone
lorsque les Rois-Catholiques reçurent la nouvelle de l'heureux
retour de Christophe Colomb, écrivit sur ce sujet une lettre à
son frère, ambassadeur ou, comme on disait alors, orateur
du duc de Ferrare auprès de Ludovic le Maure.
Giacomo Trotti (3), gentilhomme ferrarais, obtint une copie
de cette lettre, datée, par erreur (4), du 9 mars 1493, et l'envoya
de Milan à Hercule d'Este. Elle est en ces termes :
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(1) Bïbliotheca Americana Vetustissima et Additions,
(2) Nous devons la communication de ce précieux document et des deux
lettres qui l'accompagnent à l'extrême obligeance de M. Cesare Foucard,
administrateur des archives d'Etat à Modène. Nous publions le texte original
des deux lettres infrà, Appendice C, documents III et IV.
(3) Jacomo de' Trotti da Ferrara. Consigliero secreto del duca Hercole per epso duca
el judice del comune di Ferrara, (Diarium ferrarense, Muratori, Ital, scrip.,
tome XXIV, col. 242.)
(4) Le 9 mars, Colomb avait son entrevue avec le roi de Portugal, à
Valparaiso, à neuf lieues de Lisbonne, et la lettre à laquelle il fait allusion
ne fut envoyée par les Rois-Catholiques à Colomb que le 30 mars. Il faut
donc lire le 9 avril, et c'est environ dix jours après que la lettre de Janua-
rius serait arrivée à Milan.
(2) Nous devons la communication de ce précieux document et des deux
lettres qui l'accompagnent à l'extrême obligeance de M. Cesare Foucard,
administrateur des archives d'Etat à Modène. Nous publions le texte original
des deux lettres infrà, Appendice C, documents III et IV.
(3) Jacomo de' Trotti da Ferrara. Consigliero secreto del duca Hercole per epso duca
el judice del comune di Ferrara, (Diarium ferrarense, Muratori, Ital, scrip.,
tome XXIV, col. 242.)
(4) Le 9 mars, Colomb avait son entrevue avec le roi de Portugal, à
Valparaiso, à neuf lieues de Lisbonne, et la lettre à laquelle il fait allusion
ne fut envoyée par les Rois-Catholiques à Colomb que le 30 mars. Il faut
donc lire le 9 avril, et c'est environ dix jours après que la lettre de Janua-
rius serait arrivée à Milan.
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Copia de lictera diretiva al Mco. oratore Regio qua resydente.
Magco. Frater honoran(me). In quisti di ve ho scripto y per questa solum
usaró del ordine preso, che per ogni correro vi scriva, & per vedere che
in lo mese de agosto passato quisto Sre. Re ad pregeri de uno ditto il
Colomba, fuoro contenti, che lo predicto armasse quatro Caravelle ad
effecto, che epso diceva, volere andare per lo mare magiore & navigare
tanto per dritta linea per ponente per fine che venesse allo Oriente, che
essendo lo mondo ritondo, per forza haveva de voltare & trovare la parte
orientale. Et cussi fece, che armate dicte Caravelle, pigliato la via de
ponente fora delo stricto, secondo quello che per lictera epso scrive, la
quale lictera io ho vista. In XXXIIIJo di pervene in una grande insula,
in la quale habitavano gente olivastre desnude senza alcuno ingenio de
combatere, & molto timida, & descessi alcuni in terra, presero per forza
alcuni, per havere di loro notitia & per imparare la lingua perche
____________
Copie d'une lettre adressée au magn, orateur royal résidant ici.
Frère magnifique et honoré. Je vous ai écrit ces jours-ci , et je suivrai les
ordres que vous m'avez donnés de vous écrire par chaque courrier.
Au mois d'août dernier, ce seigneur roi, à la prière d'un nommé Collomba
[sic] fit équiper quatre petits navires pour naviguer, d'après ce que ce dernier
assurait, sur l'Océan, en ligne directe vers l'ouest, afin d'aborder en orient.
La terre étant ronde, il devait forcément arriver à la partie orientale. A cet
effet , les dites caravelles furent armées et dirigées hors du détroit [de Gibraltar],
dans la direction de l'ouest, selon la lettre qu'il a écrite et que j'ai vue. En
trente-quatre jours, il parvint à une grande île habitée par des hommes
olivâtres, complètement nus, nullement enclins à combattre et très timides.
Etant descendus à terre, ils en capturèrent quelques-uns par force, afin de les
mieux examiner, et pour apprendre leur langue et tâcher de se faire com-
Frère magnifique et honoré. Je vous ai écrit ces jours-ci , et je suivrai les
ordres que vous m'avez donnés de vous écrire par chaque courrier.
Au mois d'août dernier, ce seigneur roi, à la prière d'un nommé Collomba
[sic] fit équiper quatre petits navires pour naviguer, d'après ce que ce dernier
assurait, sur l'Océan, en ligne directe vers l'ouest, afin d'aborder en orient.
La terre étant ronde, il devait forcément arriver à la partie orientale. A cet
effet , les dites caravelles furent armées et dirigées hors du détroit [de Gibraltar],
dans la direction de l'ouest, selon la lettre qu'il a écrite et que j'ai vue. En
trente-quatre jours, il parvint à une grande île habitée par des hommes
olivâtres, complètement nus, nullement enclins à combattre et très timides.
Etant descendus à terre, ils en capturèrent quelques-uns par force, afin de les
mieux examiner, et pour apprendre leur langue et tâcher de se faire com-
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potessero intendere. De che perdutta per loro la pagura, essendo homini
de bona ìnzegno pervenerono alo desio loro, che con signi & altri modi,
intesero da epsi, che erano in Insule de India , & cussi ditti presi anda-
rono per le case de quelli vicini & ville dicendo, che era venuto in
quelle parte homo misso da dio, per il che tutte quelle gente essondono di
buona fede contrassero con lo dicto Collomba & homini suoi strecto
amore & amista; dala quale Insolla poy passaro in altre Insole adeo,
che facendo questo camino hanno trovate gran quantitate de Insolle, tra
le quale due sono de grandeza mazore che ne Inglitera & Scocia la una,
laltra più che tutta hispania, have lassato lo predicto Colomba la
homini deli suoi; & primo partesse el principió una forteza la quale
lasso fornita de victuaglie & artegliaria, & portato seco sey homini da
la che pigliano questa nostra lingua. In dicte Insulle hanno trovato
secondo dicono pepe, lignum, aloe & mena de oro per li flumi, cioè flume
lo quale ha arena con multe arenelle doro. Et le gente della, dice,
___________
prendre. Ces hommes s'étant un peu rassurés, car ils sont intelligents, on
atteignit le but désiré et, par des signes et d'autres moyens, on apprit que
c'étaient des îles des Indes. Ces hommes allèrent répétant dans les maisons
voisines et dans les villes qu'il était arrivé un homme envoyé de Dieu, et ,
étant tous de bonne foi, ils eurent avec ledit Collomba des épanchements de
tendresse et d'amitié.
De cette ile, cela se propagea dans des iles voisines, dont deux sont
chacune plus grandes que l'Angleterre et l'Ecosse, et une autre est plus vaste
que l'Espagne entière. Collomba y a laissé [une partie] de ses hommes, et,
avant de partir, il construisit en ce lieu une forteresse bien approvisionnée de
vivres et d'artillerie. Après avoir pris avec lui six hommes du pays qui
entendent notre langue, il partit.
Dans ces iles, à ce qu'ils disent, on a trouvé du poivre, du bois, de l'aloes
et dans les fleuves des filons (mena?) d'or; c'est-à-dire que ce sont des fleuves
qui roulent du sable avec beaucoup de parcelles (arenelle) d'or.
Il dit que les gens de ce pays naviguent dans des canots (canne) de si
atteignit le but désiré et, par des signes et d'autres moyens, on apprit que
c'étaient des îles des Indes. Ces hommes allèrent répétant dans les maisons
voisines et dans les villes qu'il était arrivé un homme envoyé de Dieu, et ,
étant tous de bonne foi, ils eurent avec ledit Collomba des épanchements de
tendresse et d'amitié.
De cette ile, cela se propagea dans des iles voisines, dont deux sont
chacune plus grandes que l'Angleterre et l'Ecosse, et une autre est plus vaste
que l'Espagne entière. Collomba y a laissé [une partie] de ses hommes, et,
avant de partir, il construisit en ce lieu une forteresse bien approvisionnée de
vivres et d'artillerie. Après avoir pris avec lui six hommes du pays qui
entendent notre langue, il partit.
Dans ces iles, à ce qu'ils disent, on a trouvé du poivre, du bois, de l'aloes
et dans les fleuves des filons (mena?) d'or; c'est-à-dire que ce sont des fleuves
qui roulent du sable avec beaucoup de parcelles (arenelle) d'or.
Il dit que les gens de ce pays naviguent dans des canots (canne) de si
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navigano con canne, le quale sono si grande che le mayore capeno in
epsa LXX & LXXX. homini, Dicto Collomba è retomato in dreto & ha
preso terra in Lisbona, & ha scripto questo a questo Sre. Re, & dicto
Sre. Re gli ha scripto che subito vengha qua. Io credo haveró copia dela
lictera, quale epso ha scripto, & vela mandaró, & quando epso sia
venuto & intenderè altro velo scriveró, & questo in questa Corte se tene
per certo, & como ho ditto io ho vista la lictera anchora che dice piu che
luy non ha cognoscuto in essere in loro alcuna lege ni selta, salvo che
credeno omnia pervenire ex cello, & la essere il factore de tutte le cosse ,
per il che sperà de facili se coverterano ala Sta. Fede Catolica. Dice
ancora che fuo apresso alla provincia dove nascino li homini con coda.
.....Barcellone die VIIIJº Martij 1493.
Vester hobediens Frater Hanibal Januarius.
______________
grandes dimensions que les plus spacieux contiennent soixante et dix et
[même] quatre-vingts hommes.
Ledit Collomba ayant retracé sa route est arrivé à Lisbonne et il a écrit ceci
au seigneur roi, qui lui a mandé de venir ici au plus tôt.
Je crois que j'aurai une copie de la lettre telle qu'il l'a écrite, et je vous
l'enverrai. Lorsqu'il arrivera, si j'apprends autre chose, je vous le ferai savoir.
Dans cette cour on tient ceci pour certain, et, ainsi que je vous l'ai dit, j'ai
vu la lettre, laquelle en relate davantage, notamment qu'il n'a reconnu
parmi ces gens ni loi ni religion, excepté la croyance que tout vient du ciel,
créateur de toutes choses. Ceci lui fait croire qu'ils pourront être facilement
convertis à la sainte foi catholique. Il ajoute qu'il a été ensuite dans une pro-
vince où les hommes naissent avec une queue...
Barcelone, le VIIIJ mars (sic) 1493.
Votre frère obéissant,
Hanibal Januarius. //
[même] quatre-vingts hommes.
Ledit Collomba ayant retracé sa route est arrivé à Lisbonne et il a écrit ceci
au seigneur roi, qui lui a mandé de venir ici au plus tôt.
Je crois que j'aurai une copie de la lettre telle qu'il l'a écrite, et je vous
l'enverrai. Lorsqu'il arrivera, si j'apprends autre chose, je vous le ferai savoir.
Dans cette cour on tient ceci pour certain, et, ainsi que je vous l'ai dit, j'ai
vu la lettre, laquelle en relate davantage, notamment qu'il n'a reconnu
parmi ces gens ni loi ni religion, excepté la croyance que tout vient du ciel,
créateur de toutes choses. Ceci lui fait croire qu'ils pourront être facilement
convertis à la sainte foi catholique. Il ajoute qu'il a été ensuite dans une pro-
vince où les hommes naissent avec une queue...
Barcelone, le VIIIJ mars (sic) 1493.
Votre frère obéissant,
Hanibal Januarius. //
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// APPENDICE D
LETTRES DE GIACOMO TROTTI
I
Milan, 21 avril 1493.
Extra = Al mio Illmo Sigre il Sre Duca de Ferrara.
lllmo & Exmo S. mio observmo Mando a vostra Extia in questa inclusa
una copia de lettera la quale questo Magnifico Ambasciatore regio ha havuta
da un suo fratello, che se retrova a Barzellona cum il Sermo Re de hyspania,
la quale lettera ha havuto molto cara vedere lo Illmo S. Ludovico & ne ha
voluto copia, impero me parso etiam mandarlo a vostra Extia acio chela
intenda cosse nove.
...............................................................................................................
Mediolanì xxj Aprilis 1493.
Extie vestre.
Servus Jacobus Trottus.
(Archives d'Este, à Modène.)

II
Milan, 10 mai, 1493.
Extra = Al mio Illmo S. il Sre Duca de Ferrara y Ferrarie,
Illmo Sr mio observandissimo.
..........................................................................................................
Scripsi adi passati ala vostra extia de quelle Insole estranee trovate per
quel Spagnuolo[1] navicando, & li mandai la copia de una lictera, la quale me
respondete, che se intendera altro gli ne daesse adviso: hora gli mando
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la copia de una littera venuta de Spagna de quello che da poi se retrovato del
tenore de la quale son certo che vostra Exa ne harà piacere. A la quale
me racomando.
Mediolani, X may 1493.
Exe vestre.
Servus Jacobus Trottus.
(Ibidem.)
Voir Suprà, chapitre IV, § 1, tome II, page 6.

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Tradução em espanhol:
Cfr. ASENSIO, D. JOSÉ MARÍA, "CRISTÓBAL COLÓN
SU VIDA SUS VIAJES SUS DESCUBRIMIENTOS",
BARCELONA, ESPASA Y COMPAÑIA, EDITORES,
221, CALLE DE CORTES, 223, 1888, Tomo I, pp. 445 a 451
Cfr. La Real Academia de la Historia, Bibliografia Colombina, Enumeración de Libros y Documentos concernentes á Cristobal Colón y sus Viajes, Madrid, 1892, pp. 3 e 4.
Archivo de Simancas, Contadurías generales, 1.ª época, n.º 43, Colecc. de docum.
inéd. de Indias, t. XIX, pp. 6 a 8.
[1] Chama-se a atenção do leitor para o facto da asserção "trovato per quel Spagnuolo" ser peremptoriamente contraditada não só pela:
«Concesión de naturaleza ('sus altezas hacen natural destos sus reinos e señoríos de Castilla y León') a Diego Colón, hermano del almirante Colón. (Reyes)»
Archivo General de Simancas, Cámara de Castilla, Signatura: CCA,CED,9,22,3
mas, também, por diversos testemunhos de que já se fez referência.
Cfr. ASENSIO, D. JOSÉ MARÍA, "CRISTÓBAL COLÓN
SU VIDA SUS VIAJES SUS DESCUBRIMIENTOS",
BARCELONA, ESPASA Y COMPAÑIA, EDITORES,
221, CALLE DE CORTES, 223, 1888, Tomo I, pp. 445 a 451
Cfr. La Real Academia de la Historia, Bibliografia Colombina, Enumeración de Libros y Documentos concernentes á Cristobal Colón y sus Viajes, Madrid, 1892, pp. 3 e 4.
Archivo de Simancas, Contadurías generales, 1.ª época, n.º 43, Colecc. de docum.
inéd. de Indias, t. XIX, pp. 6 a 8.
[1] Chama-se a atenção do leitor para o facto da asserção "trovato per quel Spagnuolo" ser peremptoriamente contraditada não só pela:
«Concesión de naturaleza ('sus altezas hacen natural destos sus reinos e señoríos de Castilla y León') a Diego Colón, hermano del almirante Colón. (Reyes)»
Archivo General de Simancas, Cámara de Castilla, Signatura: CCA,CED,9,22,3
mas, também, por diversos testemunhos de que já se fez referência.
Eduardo Albuquerque